Impossible de l’avoir raté. Le vaccin « contre le cancer du col de l’utérus » a été l’objet d’une campagne de communication colossale. Et les gynécologues sont apparus comme unanimes à son sujet. Pourtant, certains s’interrogent.
Une grande campagne de communication (http://fr.youtube.com/watch?v=Zjlbcj_YcRc) avait été lancée avec le vaccin dit « contre le cancer du col de l’utérus », l’année dernière. Ce vaccin protège en réalité de certains papillomavirus, à l’origine de la majorité des cancers du col de l’utérus. Mais, évidemment, il ne protège pas du cancer. Les gynécologues semblaient unanimes quant à l’utilité de ce vaccin, et les reportages ou interviews invitaient expressément toutes les jeunes filles à se soumettre à ces trois petites piqûres. Pourtant, des voix s’élèvent, bien que très discrètes (1), contre ce vaccin.
« Vacciner les jeunes filles ? s’interroge un gynécologue. Alors qu’elles attrapent des papillomavirus généralement à cause des garçons ? On ne prend pas le problème au bon endroit. Il faut aussi penser que les filles sont plus sujettes que les garçons aux réactions contre les vaccins. »
Parmi les arguments entendus dans les bouches de ces spécialistes, il y a aussi celui de la réelle utilité du vaccin : « il ne protège pas du tout à 100 %, le rapport bénéfice / risque serait à évaluer très précisément. Surtout, il ne dispense absolument pas de la surveillance normale, avec un frottis régulier. Alors, à quoi bon ? »
Le vaccin se fait en trois injections de 135 € pièce (chacune étant prise en charge à hauteur de 65 % par la Sécurité sociale), ce qui fait dire à ses détracteurs qu’il coûte excessivement cher, pour pas grand-chose. « La campagne de communication est très bonne, elle ravive la peur du cancer, remarque un médecin. Mais à qui profite ce vaccin, si ce n’est aux laboratoires ? »
À cela, quelques médecins ajoutent que le vaccin, outre son efficacité limitée aux papillomavirus, est très récent. « Imaginez que l’on découvre qu’il provoque des troubles, après plusieurs années… »
Information et dépistage… mieux que le vaccin ?
Des questionnements qui ne doivent pas faire oublier que 1 000 décès par an, en France, sont dus au cancer du col de l’utérus. La majorité de ces cancers se sont développés suite à une transmission d’un papillomavirus, lors d’un rapport sexuel ou de contact cutané des zones génitales des partenaires. La meilleure arme, selon de nombreux médecins, resterait donc un savant mélange entre de l’information par les parents à leurs jeunes filles et des visites gynécologiques régulières, dès le début de la vie sexuelle. Des visites régulières recommandées depuis longtemps, que la vaccination ne doit surtout pas remplacer.
La crainte de certains médecins serait en effet de voir une nouvelle forme d’insouciance, avec des jeunes filles vaccinées qui se croiraient hors de tout danger. Et sur ce point, les gynécologues sont unanimes : vaccinées ou pas, toutes les femmes doivent faire des frottis réguliers. Quand la vie sexuelle a commencé, bien sûr. Mais, de manière générale, c’est au médecin de juger de l’opportunité de l’examen, selon les antécédents familiaux notamment.
Car, si 70 à 80 % des cancers du col de l’utérus seraient dus à un papillomavirus, les autres ne le sont pas, et rien ne peut vacciner les femmes contre leur apparition. « Le frottis régulier est indispensable, conclut un médecin. Le vaccin porte mal son nom, il laisse croire qu’on pourrait se passer d’un suivi. Or il ne protège absolument pas du cancer. »
Cécilie Cordier
(1) Sauf Martin Winckler, qui ne s’élève pas discrètement contre ce vaccin. Il a publié un article sur son site Internet (http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=908).